Limitation de l’accès à certains cursus universitaires : cartes sur table svp…

La Fédération Wallonie-Bruxelles prône, à juste titre, la démocratisation de l’enseignement supérieur, objectif auquel l’Université de Mons adhère pleinement.

Pourtant, l’accès à certains cursus vient d’être limité (en sciences médicales et dentaires) ou est probablement en passe de l’être (en kinésithérapie et en sciences vétérinaires) sous prétexte qu’il semble impératif d’y réduire le nombre de diplômés.

En effet, le décret du 9 juillet 2015 a fixé l’accès en deuxième année du bachelier en sciences médicales à 605 étudiants (arrêté du 17 juillet 2015) sur la base d’un examen concours en fin de première année alors que le nombre total de diplômés de bachelier en sciences médicales est actuellement d’environ 1000 étudiants. Ce chiffre de 605 pourrait d’ailleurs diminuer de façon drastique en cas de lissage négatif par le Gouvernement fédéral du nombre d’attestations dans les prochaines années.

En kinésithérapie, des chiffres officieux ont été avancés, à savoir environ 200, le nombre de kinésithérapeutes qui pourraient être diplômés annuellement à l’avenir alors qu’ils sont près de 800 actuellement.

Rien qu’en se limitant à ces deux filières, ce sont donc pratiquement plus d’un millier de diplômes de haut niveau qui ne seront plus accessibles annuellement à nos jeunes.

Ce n’est pas rien d’autant que les raisons conduisant à ces limitations ne sont pratiquement pas explicitées, et en tout cas pas sur la base d’indicateurs objectifs, transparents et indiscutables. C’est pour le moins inquiétant et même inacceptable dans un contexte universitaire.

Quelles pourraient être les raisons objectives de la limitation d’accès à un cursus ?

L’équilibre de la sécurité sociale est régulièrement invoqué tant pour le cursus en sciences médicales que pour la kinésithérapie. Dispose-t-on toutefois d’études rigoureuses montrant la corrélation entre le nombre de médecins et la dépense de la sécurité sociale ? Et si, à la rigueur, cet argument devait s’avérer recevable pour les médecins, serait-il extrapolable aux kinésithérapeutes qui n’ont pas la possibilité de prescrire eux-mêmes les actes pour lesquels ils sont rémunérés ?

On est en droit de s’inquiéter de cette évolution d’autant qu’on peut difficilement convaincre le citoyen d’un nombre excessif de médecins en activité quand il constate le délai de prise de rendez-vous chez un spécialiste ou le phénomène croissant d’importation de médecins d’autres pays européens. Il faut aussi être conscient que c’est plutôt une pénurie de médecins qui s’annonce, notamment pour les médecins généralistes, et en particulier dans la province du Hainaut

Certains invoquent les problèmes d’encadrement posés par le nombre excessif d’étudiants dans ces filières. Pour s’en persuader, on aimerait pouvoir disposer d’indicateurs objectifs tels que, par exemple, le nombre d’équivalents temps plein assurant l’encadrement, à mettre en parallèle avec le nombre d’étudiants, le nombre d’heures de cours ou de travaux pratiques à assurer, compte tenu de la politique de dédoublement adoptée par chaque institution concernée.

Ces indicateurs permettraient de constater l’ampleur de l’éventuelle insuffisance d’encadrement par rapport à d’autres filières. Si cet argument devait s’avérer déterminant pour limiter l’accès à une filière, il poserait toutefois la question de la responsabilité des institutions concernées puisque le taux d’encadrement ainsi que les infrastructures mises à la disposition d’une filière constituent des choix internes à une institution et on peut légitimement se poser la question de savoir si ces choix doivent conduire à une limitation généralisée de l’accès à la filière.

Certains invoquent le nombre de cas « cliniques » qui peuvent être soumis aux étudiants ainsi que le nombre de stages à leur disposition. Là aussi, on aimerait pouvoir disposer d’indicateurs objectifs permettant de quantifier cette éventuelle pénurie, ce qui permettrait d’envisager les solutions pour la limiter au mieux.

Certains invoquent la situation financière inconfortable de tel ou tel médecin, vétérinaire ou kinésithérapeute qu’ils connaissent. Là aussi, des indicateurs objectifs liés aux revenus moyens par exemple, permettraient d’objectiver ce type d’argumentation et surtout de les comparer à d’autres professions sur le plan de l’insertion et de la valorisation professionnelle.

On est en droit de s’inquiéter car une accumulation de mauvaises raisons ou de raisons insuffisamment explicitées, ne constituera jamais une bonne raison.

Si les décisions ont malheureusement déjà été prises pour la filière des sciences médicales, il faudrait éviter qu’on n’évolue dans un sens similaire pour la kinésithérapie ou les sciences vétérinaires, et en tout cas pas sur une base aussi peu documentée.

Il est donc souhaitable qu’une argumentation objective et documentée soit disponible avant toute limitation de ces deux filières.

Il s’agira en effet de justifier après des jeunes pourquoi ils seront pénalisés dans le choix de certaines formations universitaires qui n’ont pas été fermées, en leur temps, à leurs aînés.

Il s’agira également d’éviter le risque de faire passer dans le grand public, l’idée qu’au final, c’est le protectionnisme de certaines professions qui est à la base de cette regrettable évolution.

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