L’examen d’entrée en médecine ignore la réalité des besoins médicaux, le sens d’un examen d‘entrée ainsi que les risques de biais social !

L’instauration cette année d’un examen d’entrée en médecine est regrettable, surtout dans les circonstances dans lesquelles il a été décidé, sous la pression d‘une Ministre fédérale de la Santé appuyant ses exigences sur la base d’un chantage aux attestations INAMI à délivrer aux étudiants en cours de cursus.

Les 3 raisons suivantes justifient les réticences légitimes qu’il suscite, à savoir la non prise en compte de la réalité des besoins médicaux, une sélectivité inadaptée dans le cadre d’un examen d’entrée ainsi que le risque de biais social qu’il représente.

La limitation du nombre de médecins en Communauté française ne se justifie pas sur une base objective. Une situation de pénurie est imminente dans certaines régions, notamment pour la médecine générale dans le Hainaut. Les délais chez certains médecins spécialistes deviennent de plus en plus longs. Un afflux de médecins formés à l’étranger est actuellement constaté alors que paradoxalement, une limitation stricte sera imposée à nos jeunes. En 2015, 41% des numéros INAMI en Fédération Wallonie-Bruxelles ont été attribués à des médecins issus de l’étranger.

D’autre part, la sélectivité de l’examen mis en place va au-delà de l’objectif auquel on pourrait s’attendre pour un examen d’entrée, à savoir dissuader les étudiants qui n’auraient aucune chance de réussite. Cet objectif est poursuivi depuis plusieurs années par l’examen d’entrée en sciences appliquées avec un taux de réussite d’environ 60%. Il en va tout autrement avec l’examen d’entrée en médecine. Avec un taux de réussite d’environ 20 %, le risque existe d’exclure des étudiants qui avaient une chance réelle de finaliser leurs études.

Le sort des étudiants « reçus-collés » doit d’ailleurs nous interpeller. Il s’agit d’étudiants qui ont parfaitement réussi leur première année, mais qui suite au concours organisé en fin de première, ne peuvent être admis en deuxième. Ils sont plusieurs centaines dans ce cas, toutes universités confondues, à avoir acquis les crédits nécessaires et qui ont dû présenter l’examen d’entrée pour avoir le droit, en cas de réussite, de continuer en deuxième année. Comment expliquer aux étudiants qui ont raté l’examen d’entrée, qu’ils ont raté l’examen censé évaluer leurs chances de réussir une première année … qu’ils ont déjà réussie ?

Personnellement, j’en suis incapable, si ce n’est en leur signalant qu’ils sont la preuve vivante que la sélectivité de l’examen d’entrée en médecine n’est pas strictement liée à leurs chances de réussite dans le cursus. Entendons-nous bien : mon propos n’est pas ici de critiquer les interrogateurs et les jurys. Ils ont réalisé leur tâche avec intelligence, application et honnêteté. Mais comme pas mal d’autres acteurs, dont je fais d’ailleurs partie, ils sont placés dans des circonstances qui les conduisent à mettre en place, avec intelligence, application et honnêteté, un dispositif défiant le bon sens.

Enfin, une autre question se pose aussi lorsque le seuil de sélectivité d’un examen d’entrée est aussi bas : un bon étudiant du secondaire peut-il le réussir sans préparation spécifique supplémentaire ? Quand il s’avère que la formation du secondaire risque de ne pas suffire, n’ouvre-t-on pas la porte aux formations privées qui ne sont pas accessibles à tous ? Oui, bien sûr, toutes les universités ont mis en place des cours préparatoires. Mais cela est-il suffisant pour compenser un parcours dans certaines écoles secondaires moins performantes ou un choix d’options mal piloté par un milieu social moins favorisé ou bien pour suppléer un capital culturel insuffisant ?

Une analyse détaillée des résultats de cet examen d’entrée très sélectif s’impose pour pouvoir s’assurer que l’on n’est pas en train non seulement de sacrifier une génération de jeunes quant à l’accès à la profession médicale mais aussi de toucher davantage les moins favorisés d’entre eux.

Certains objectent qu’il est inutile de se plaindre puisque cela « fonctionne bien » en Flandre depuis plus d’une dizaine d’années. Mais les réalités des deux communautés sont-elles identiques ? Et encore faut-il savoir ce que signifie « bien fonctionner » ! Si « bien fonctionner » signifie ignorer la réalité des besoins et négliger le risque de biais social d’une sélection inadaptée, alors oui, nous sommes bien partis pour ce que cela « fonctionne bien » aussi chez nous. Malheureusement…

Jusqu’à présent, avant cet examen d‘entrée, le filtre en médecine était réalisé par les institutions elles-mêmes au départ des examens normalement prévus dans le cursus. Il a conduit à diplômer des médecins dont chacun reconnaît la qualité. Bien que leur nombre ait dépassé des quotas convenus il y a bien longtemps, la majorité des acteurs s’accorde sur la situation de pénurie qui menace la Communauté française. Il est paradoxal et inquiétant de constater qu’on essaie aujourd’hui de résoudre cette situation de pénurie en instaurant un tel filtre supplémentaire.

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Fusion UCL-Saint Louis : attention, une bipolarisation de l’enseignement universitaire sur une base philosophique n’est pas du tout souhaitable

 

Souhaite-t-on à l’avenir en Communauté française un enseignement supérieur organisé sur la base d’un clivage philosophique avec d’un côté, les universités et hautes écoles du réseau catholique et de l’autre, les institutions qui n’en font pas partie ? Est-ce cela le modèle d’efficacité vers lequel nous souhaitons évoluer avec pour corollaire, deux blocs qui sur une même zone géographique organisent des formations concurrentes?

On est en droit de se poser la question lorsqu’on constate que malgré l’organisation de l’enseignement supérieur en 5 pôles voulue par le décret Marcourt de 2013, l’Université catholique de Louvain et l’Université Saint Louis à Bruxelles annoncent leur intention de fusionner.

L’exemple de Mons aurait dû servir d’avertissement. Il aurait été clairement plus efficace à Mons d’évoluer vers un enseignement supérieur cohérent regroupant toutes les forces vives de l’enseignement supérieur montois, avec les synergies et les complémentarités que cela aurait pu induire, la création de l’université de Mons en 2009 donnant cette chance à Mons et sa région. Les FUCAM n’ont pas voulu s’y associer et ont choisi de rejoindre l’UCL. J’attends d’ailleurs toujours que quelqu’un vienne m’expliquer quelle aura été la plus value pour la région de cette fusion. En s’appuyant sur une différentiation philosophique, elle aura légitimé un clivage irréversible de l’organisation de l’enseignement universitaire à Mons, avec le dessein sans doute d’extrapoler ce clivage aux hautes écoles de la région.

Si le monde politique suit aujourd’hui la volonté de l’UCL,  l’histoire se répètera demain à Bruxelles. Quand comprendra-t-on  que ce modèle bipolaire est d’un autre temps, qu’il n’utilise pas de façon optimale les moyens publics et que la réalité d’aujourd’hui, c’est de chercher là où on se trouve les meilleurs moyens d’optimiser l’offre de formation avec les acteurs de l’enseignement supérieur qui y sont.

C’est dans ce contexte qu’avec Albert Corhay, recteur de l’Université de Liège et Yvon Englert, recteur de l’Université Libre de Bruxelles, j’ai choisi de m’associer à une carte blanche publiée ce 30 mai 2017 dans le journal Le Soir avec pour espoir de pouvoir attirer l’attention du monde politique sur le danger à sous-estimer la portée de la fusion UCL-USLB car elle constituerait une étape supplémentaire et déterminante vers la bipolarisation de l’enseignement supérieur sur une base philosophique.

La carte blanche des recteurs de l’ULg-ULB-UMONS

L’annonce du vote en faveur de l’absorption de l’Université Saint-Louis par l’UCL d’il y a quelques jours s’est accompagnée (c’est le cas depuis plusieurs mois) de propos lénifiants visant à minimiser la portée de cette manœuvre sur le paysage universitaire francophone. Mercredi passé encore, le Professeur émérite Michel Molitor, sociologue de l’UCL, ajoutait sa pierre à la stratégie de

La réalité est tout autre, et le soin mis à essayer de nous convaincre du contraire pouvait le laisser supposer.

En effet, il faut se souvenir que le temps des fusions d’Universités, encouragées par les dispositions de l’ancien décret sur l’enseignement supérieur dit « de Bologne » du 31 mars 2004 est révolu. Après avoir donné les résultats que l’on sait (fusion des facultés agronomiques de Gembloux avec l’Université de Liège, de l’UMH et de Polytechnique de Mons pour former l’UMons et des Fucam avec l’Université Catholique de Louvain), le décret en question a été remplacé par le décret du 7 novembre 2013 dit « décret Paysage » qui organise l’enseignement supérieur sur une base géographique en 5 pôles, centrés sur les institutions d’enseignement supérieur dont le siège social se situe en leur sein (Pôle bruxellois, pôle hainuyer, pôle Liège-Luxembourg, pôle Louvain, pôle namurois) et dont la « mission principale est de promouvoir et soutenir toutes les formes de collaborations entre ses membres et d’inciter ceux-ci à travailler ensemble en vue d’offrir des services de qualité aux étudiants ». (art. 53 du décret).

Ces pôles sont regroupés dans une seule grande Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur, l’ARES. Sa philosophie est simple et sage : faire travailler ensemble des institutions situées dans une même aire géographique (le pôle) pour favoriser la complémentarité et réduire la concurrence dans l’enseignement. L’article 88 du décret paysage prévoit explicitement que les offres d’enseignement doivent être faites « en évitant toute concurrence ou redondance », [.] « en évitant les concurrences stériles entre établissements et Pôles académiques ». Mais surtout, contrairement aux dispositions applicables aux autres types d’établissements d’enseignement supérieur, encore fort nombreux, le décret paysage abroge toutes les dispositions du décret antérieur qui organisaient les fusions entre Universités, donnant le message clair que la puissance publique ne souhaite plus que le nombre d’institutions universitaires évolue mais qu’elles collaborent.

Nos institutions se sont clairement inscrites dans cette logique qui a fait l’objet d’une décision du Parlement de la Communauté française avec d’ailleurs, faut-il le rappeler, l’appui du CD

La décision des responsables de l’Université Saint-Louis et de l’UCL d’entraîner leur communauté dans une voie contraire à la législation est de leur responsabilité, mais ne peut s’imposer aux autres ni contraindre le monde politique à modifier la loi sous la dictée. En effet, suivre sans balises la demande de modification du décret conduit à rouvrir les manœuvres de rapprochements confessionnels et, en réaction, non confessionnels, dont on peut prédire qu’il finira, dans un délai plus ou moins court, à un clivage en deux blocs de l’enseignement supérieur impliquant les Universités et les Hautes écoles : un bloc confessionnel autour de l’UCL, un bloc laïc autour de l’ULB et des universités organisées par la Communauté française, perpétuant la concurrence stérile que le décret a banni et qui gaspille les énergies et les deniers publics au lieu de regarder les grands défis internationaux qui nous attendent. Cette bipolarisation du paysage de l’enseignement supérieur, c’est le projet de l’UCL, qui demande d’ailleurs au politique dans la décision de fusion non pas de changer le décret pour absorber Saint-Louis mais réclame un cadre législatif qui permette à « deux ou plusieurs universités de fusionner entre elles » (ou qui permette « l’intégration dans une université existante d’une ou plusieurs autres Universités ») [.], « sans que l’efficacité de cette décision ne puisse être tenue en échec par l’exigence d’une décision supplémentaire de la part d’une autorité publique ». On ne peut être plus clair, ce projet de fusion en annonce d’autres, et dépasse le périmètre des seules universités.

Cette vision d’un paysage clivé philosophiquement en 2 blocs n’est pas la nôtre, nous qui travaillons à la coopération sur base géographique et regroupons près de 60 % des étudiants inscrits dans les Universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En tout état de cause, nous souhaitons rappeler que le décret paysage actuel impose, tant qu’aucun changement n’y aura été apporté, de privilégier l’organisation et les collaborations en pôle lors des discussions sur les nouveaux et importants projets de décrets en cours.

 

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Des quotas en médecine manifestement insuffisants : la raison l’emportera-t-elle un jour?

Les décisions prises par la Ministre fédérale de la Santé M. De Block quant à l’avenir des numéros Inami en Communauté française sont inquiétantes et affecteront à court terme, le nombre des étudiants admis à suivre les cursus de médecine et de dentisterie, et, à moyen et long termes, le nombre de praticiens oeuvrant sur le terrain.

Le nombre d ‘attestations INAMI que l’on peut délivrer aux futurs médecins est en effet limité. Il est contingenté avec une répartition actuelle de 60% pour la Flandre et 40% pour la partie francophone. Le nombre de futurs diplômés en médecine dépassera dans les prochaines années, le quota admissible de ces attestations, faiblement en Flandres, de façon plus conséquente en Communauté française.

La problématique n’est pas simple avec une complication bien typique de notre pays, à savoir que les quotas INAMI relèvent d’une compétence du Gouvernement fédéral, l’organisation des études dépendant de la Communauté française.

Il y a deux ans, pour garantir que les étudiants en médecine en cours de cursus recevraient tous leur attestation INAMI, la Ministre fédérale de la Santé Maggy De Block a souhaité qu’en Communauté française, un filtre soit placé à l’entame du cursus en sciences médicales. C’est ce qui a été fait l’année dernière avec un décret Médecine mis en place par le Ministre Marcourt organisant ce filtre en fin de première année. Deux conditions étaient donc nécessaires pour le passage en deuxième année, à savoir : la réussite d’au moins 45 crédits en première année et le classement en ordre utile à ce concours placé en fin de première année.

En juillet dernier, suite au recours et des actions en référé introduits par un ensemble d’étudiants de première année des universités de Namur, de Liège, de Louvain et de Mons, le Conseil d’Etat a suspendu l’exécution du classement du concours de médecine.

Dans sa motivation principale, le Conseil d’Etat a considéré que les fondements juridiques du classement étaient illégaux. Le quota de 605 étudiants autorisés à passer en deuxième bachelier était selon lui basé « sur un contingentement fédéral jugé non suffisamment motivé et défini de façon arbitraire ».

Suite aux arrêts du Conseil d’Etat suivi par les décisions au civil des tribunaux de première instance, le Ministre Marcourt dans le respect des décisions de justice, a autorisé l’inscription en deuxième année des étudiants ayant réussi les 45 crédits de la première mais non classés en ordre utile au concours.

Paradoxalement, ces évènements ont conduit la Ministre fédérale non pas à motiver davantage les quotas comme le demandait le Conseil d’Etat mais à exiger dorénavant, l’organisation d’un filtre dès l’entrée des études de médecine sous la forme d’un examen ou d ‘un concours d’entrée.

Cette situation est évidemment regrettable pour les étudiants en cours de cursus qui n’ont au stade actuel aucune garantie d’obtenir tous leur attestation INAMI.

Ce qui est paradoxal, c’est que dans toute cette problématique, le pourquoi de la limitation à l’avenir du nombre de médecins semble passer au second plan, tous les regards se polarisant sur le comment, à savoir la façon de filtrer le nombre d’étudiants.

Pourquoi le gouvernement fédéral veut-il limiter à ce point le nombre de futurs médecins ?

Est-ce un problème d’équilibre de la sécurité sociale ? Il n’est pourtant pas prouvé qu’il y ait corrélation entre le nombre de médecins et dépenses de sécurité sociale.

Ou bien alors, y a-t-il vraiment un nombre excessif de médecins en activité. Sur ce point, on peut se poser des questions légitimes, quand on subit les longs délais de rendez-vous chez certains spécialistes, quand on constate la nécessité d’importer des médecins de l’étranger, et quand on est conscient de la réelle pénurie qui s‘annonce pour les médecins généralistes en particulier dans une province comme la nôtre.

A moins qu’il ne s’agisse de la tendance au protectionnisme d’une profession, mais il ne semble pas que la médecine conduise à ce point à un niveau de rémunération inadapté.

A moins qu’il ne s’agisse d’un problème de qualité de formation, mais c’est la responsabilité des universités qui ne sont pourtant pas prêtes à la brader.

A moins qu’il ne s’agisse d’un problème communautaire de plus, et à cet égard, le fait que le Gouvernement fédéral ait décidé de ne pas suivre les recommandations de la Commission de planification médicale pose question. Cette Commission constituée d’experts et de scientifiques proposait compte tenu des besoins estimés dans la partie francophone, de faire passer le quota francophone de 40% à 43,5%.

Cette abnégation à ne pas vouloir revoir les quotas de médecins en Communauté française est regrettable au moins à 3 points de vue :

  1. Elle empêchera probablement bon nombre de jeunes actuellement dans le secondaire, de réaliser des études de médecine dans les prochaines années. Et celles et ceux qui y accéderont devront passer par un concours d’entrée meurtrier (on peut prévoir au stade actuel, un taux de réussite de l’ordre de 10%, qui n’a, soit dit en passant plus rien à voir avec les 70% de réussite de l‘examen d‘entrée des ingénieurs civils). Ce concours ouvrira selon toute vraisemblance la porte à des préparations privées qui écarteront encore davantage les étudiants des couches sociales les plus défavorisées de la fonction médicale.
  2. 2ème conséquence L’impossibilité de revoir les quotas risque de poser un réel problème de santé publique à l’avenir car un risque majeur existe quant à la capacité des professions de la santé à rencontrer efficacement et équitablement les besoins d’une population dont tout indique que les besoins médicaux et paramédicaux vont s’accroître, alors-même que diminuent les capacités opérationnelles des corps de praticiens.
  3. 3e conséquence : Nos universités, à côté de leurs missions – nobles – de construction de la connaissance, de transmission du savoir et de service à la communauté, se voient aujourd’hui assigner une quatrième : celle de devenir l’instrument d’une sélection au service de principes que rien ne leur semble justifier.
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Ah, réseaux quand tu nous tiens !

Calogero Conti

Recteur de l’UMONS

L’UCL et l’Université Saint Louis à Bruxelles viennent d‘annoncer leurs fiançailles pour un prochain mariage à célébrer selon toute vraisemblance en 2017. « Vive la mariée » pourrait-on s’écrier dans le grand public surtout quand ce rapprochement est présenté comme un exemple de rationalisation du paysage de l’enseignement supérieur.

Sauf que… !

Il faut bien constater que la logique des réseaux héritée des siècles passés continue encore en ce début de 21e siècle, à influencer l’évolution du paysage de notre enseignement supérieur et c’est sans doute regrettable.

L’histoire se répète : à Mons, en 2011, les FUCAM ont fait le choix d’être absorbées par l’UCL et de ne pas rallier l’Université de Mons qui pourtant leur ouvrait les bras. Elles ont ainsi fait le choix de consacrer l’existence sur un même territoire, à quelques centaines de mètres l’une de l’autre, de deux universités alors que certains des cursus organisés y sont les mêmes.

Pourtant, c’est essentiellement lorsqu’un rapprochement s’effectue sur une base géographique qu’un réel partage de ressources devient efficace. On peut partager des infrastructures situées à proximité, on peut regrouper les étudiants sans leur imposer de longs déplacements et ne pas dédoubler les cours de cursus proches, on peut consolider les structures administratives avec une vraie fusion de celles-ci. Bref, on peut faire plus tout en maintenant les moyens des institutions partenaires, l’Université de Mons vit cela au quotidien depuis sa création en 2009 au départ de l’Université de Mons-Hainaut, la Faculté Polytechnique, l’Ecole d’Interprètes Internationaux et l’Institut Supérieur d’Architecture, leur association à Mons ayant au final accentué le volume d’activités de chacun des partenaires, amélioré le service aux étudiants et augmenté le volume d’emploi.

Ce constat de la logique géographique comme moteur des rapprochements entre institutions n’a rien d’original et est marqué du sceau du bon sens car pour des villes de petite taille ou de taille moyenne, les cas sont rares voire inexistants où on y voit coexister plusieurs universités financées par un même pouvoir public.

De plus, le risque d’ailleurs souligné par le recteur de l’ULB d’une recrudescence de la concurrence entre institutions est sans doute avéré d’autant que le recrutement des universités de la Communauté française présente un caractère local marqué. Il reste à espérer pour que les dégâts restent limités, que les structures collaboratives locales telles que les Pôles mis en place par le décret de novembre 2013 puissent jouer leur rôle avec une adhésion suffisante de chacun des partenaires.

Lorsqu’on s’étonne de cette logique des réseaux qui au mépris du bon sens, influence l’évolution du paysage de notre enseignement supérieur, on s’entend rétorquer que cela se justifie par l’histoire, qu’il s’agit d’une spécificité bien de chez nous et que de toute façon, il s’agit de respecter la liberté d’association.

Soit ! Mais au moins, que les choses soient claires et qu’on nous épargne le mot « rationalisation » qu’à Mons, nous avons dû subir en 2011 lors de la création de l’UCL-Mons car tout cela n’a rien de rationnel : il s’agit ni plus ni moins de l’exercice d’un droit d’association exercé sur la base d’une logique de réseaux. Cela a un coût, il faut le savoir, et n’est certainement pas la meilleure façon d’optimiser les moyens et les services offerts aux étudiants.

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Enfin un refinancement de l’enseignement supérieur.

Cela fait bien longtemps qu’on l’attendait et il est finalement arrivé : un refinancement de l’enseignement supérieur a été voté au Parlement de la Communauté française en juin 2016. Certes, sa portée est limitée : un montant total de 107,5 MEUR est prévu au cours des 4 prochaines années, avec une affectation progressive se concrétisant par 10 MEUR en 2016 pour terminer en fin de législature avec une augmentation annuelle de 42 MEUR, soit environ 3 % de l’enveloppe totale consacrée à l’enseignement supérieur. Dans le contexte ambiant d’austérité, ce refinancement aussi limité soit-il constitue une embellie dont les universités avaient bien besoin et met fin à la trop longue période de définancement qu’elles ont connu depuis près de 20 ans.

Ce refinancement reconnaît la nécessité d’un rattrapage plus important pour les universités par rapport aux hautes écoles. Depuis 1996, l’effet d’un mécanisme de financement en enveloppe fermée cumulé à l’augmentation du nombre d’étudiants universitaire provoqué une chute de 15 % du subside par étudiant. Cette chute est de l’ordre de 4 % pour les hautes écoles. Dès lors, en 2016, les universités recevront 75% des 10 millions promis. Les années suivantes, la clef pourrait être légèrement plus favorable aux hautes écoles avec au maximum 35% du budget additionnel et au minimum 65% aux universités.

Ce refinancement a le souci de limiter la concurrence entre universités. En effet chaque université reçoit un subside annuel lié à son nombre pondéré d’étudiants subsidiables. Il est constitué d’une part, par une partie fixe calculée au départ de la moyenne des 10 années qui précèdent l’adoption de la loi de financement et d’autre part, par une partie variable glissante, basée sur la moyenne des 4 années précédentes. La nouvelle loi de financement prévoit une augmentation de la partie fixe qui passe de 25% à 30%. ce qui contribue à rendre le subside de chaque université moins dépendant du recrutement récent en étudiants. Une autre mesure de ce nouveau décret va également dans le sens d’une limitation de la concurrence, à savoir l’application à toutes les universités de nombres plafonds qui limitent à 75%, le financement de chaque étudiant au-delà de ces nombres plafonds.

La nouvelle loi de financement prévoit en outre un système inédit de solidarité entre les institutions universitaires. Une mesure a été adoptée garantissant jusqu’en 2022, à chacune des 6 institutions universitaires, l’allocation dont elle disposait en 2015. Si l’enveloppe globale consacrée à l’enseignement supérieur ne permet pas d’assurer ce minimum, le complément est fourni par les autres universités au prorata du bénéfice qu’elles ont tiré de la nouvelle loi de financement. Cette mesure est assez remarquable et mérite d’être soulignée car elle a été proposée au législateur par les recteurs eux-mêmes, ce qui peut contribuer en tout cas on peut l’espérer, à modifier l’image de concurrence effrénée bien trop souvent mise en avant par la presse.

Cet ensemble de mesures aura un effet bénéfique sur l’allocation que recevra l’Université de Mons dès 2016, ne fût-ce que par l’adaptation de la partie fixe au nombre d’étudiants subsidiables qu’elle a accueilli entre 2004 et 2014, un nombre bien plus conséquent qu’entre 1994 à 2004, vu la progression récente du nombre d’étudiants ayant choisi l’UMONS pour y réaliser leurs études universitaires.

Un pas dans le bon sens vient donc d’être franchi avec ce nouveau décret financement. Il reste à espérer qu’il sera suivi par d’autres car il faut bien être conscient que la qualité que l’on reconnaît aujourd’hui à nos universités ne se maintiendra pas demain si l’effort d’un refinancement n’est pas consenti. L’effet d’inertie ne dure qu’un temps, il faut de temps en temps relancer la machine, et ce temps est venu. L’enjeu est sérieux : il s’agit de la qualité des ressources humaines dont nous disposerons demain, il s’agit du potentiel d’innovation sur lequel nous pourrons compter demain. On ne peut à la fois pas plaider pour une massification de l’enseignement universitaire à laquelle nous souscrivons pleinement au sein de l’UMONS, et ne pas augmenter en conséquence l’enveloppe consacrée à son financement.

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